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1199
fut indéniablement une date cruciale pour la cité de SAINT-ÉMILION.
Mais il ne faut pas en déduire pour autant qu'elle naquit d'un seul coup
de baguette de la fameuse charte de Falaise édictée le 8 juillet par Jean
sans Terre, duc d'Aquitaine, roi d'Angleterre dans la première année de
son règne.
Le site même de ce lieu quasiment prédestiné par la géologie et le climat
le destinait à être utilisé depuis la naissance de l'Humanité - puisque
son sol a rendu au jour des outils de toutes les époques de la Préhistoire
- que des vestiges gallo-romains prestigieux et la tradition - déjà à
l'époque médiévale - l'a doté d'une riche fréquentation à cette époque,
que les premiers siècles du Christianisme y ont attiré des monastères
et l'Ermite Breton qui lui légua son saint nom avant le déferlement des
hordes sarrasines et normandes qui laissèrent les lieux ravagés entre
mains laïques et avides des Vicomtes Olivier et Pierre de Castillon.
Elle fut donc pendant des siècles - du lVeme au XIème siècle - seulement
une cité religieuse et c'est cette implantation religieuse, récupérée
après l'an " Mil " par la puissante hiérarchie épiscopale d'Aquitaine,
- Goscelin de Phartenay en 1080 et Arnaud Guiraud en 1110 - tous deux
archevêques de Bordeaux qui réinstallèrent le monastère en son pouvoir
et sa vocation monacale sur le haut du plateau, en haut de la falaise,
lui rendant vigueur et richesse avec une église et un couvent tiré de
ses propres entrailles et qui, dès lors, ne cessa au cours des siècles
suivants de se développer, de prendre une forte importance sur tout le
voisinage et - comme cela a toujours été le cas - attira à soi les populations
nomades naturellement implantées dans ces lieux.
C'est donc essentiellement depuis la fin du XIème et le première moitié
du XIIème siècle que parallèlement au développement du puissant monastère
du Collège des Chanoines de Saint-Augustin et sous ses aide et protection
se forma un groupement laïc - au creux du vallon et au flanc de la falaise
- autour de l'ancien monastère du Saint Ermite Émilion - le Moustier Vieux,
abandonné, en un siècle environ, composé de " bourgeois " entreprenants
et courageux - qui décidèrent de protéger leur " bourg " de solides murailles
d'enceinte avec portes et tours extraites des carrières du lieu-même -
pour se soustraire à toute tentative d'envieuse tutelle - voire même de
celle insidieuse des doyens du chapître. C'est donc tout naturellement
qu'à la fin du XIIème siècle, elle se trouva désignée à l'intérêt de Jean
sans Terre dans son vaste mouvement de création des Communes.
Jean sans Terre - roi mal aimé de la légende - frère jaloux de Richard
Coeur de Lion - le Croisé - successeur au trône d'Angleterre et au duché
d'Aquitaine de son père Henri Il et de sa mère Aliénor -.
Dès la mort de Richard à Chalus en 1199, il chercha à affermir sa légitimité
et sa puissance en s'appuyant précisément sur ces groupements de citoyens
qui représentaient la puissance économique et militaire du pays. Il mit
en train sa fameuse charte des Communes qui en les attachant à la couronne,
leur offrit en échange une indépendance quasi " républi-caine " pour vivre
et se développer selon leurs " libres coutumes et habitudes " conformes
aux nécessités de l'époque.
C'est
avec empressement que ces nouvelles " communes " acceptèrent ce pacte
d'égalité et de protection, garantie d'un avenir heureux.
Le 8 juillet 1199 Jean sans Terre, la première année de son règne, reconnut
donc à cette jeune cité qui s'était édifiée elle-même le mérite d'entrer
dans cette grande " armée " des communes libres qui firent le soutien
de la couronne Anglaise et la richesse de l'Aquitaine médiévale.
Dans la charte, " il reconnaît et confirme à ses chers et fidèles bourgeois
de "Semelion" (nom vulgaire occitan du religieux " Sancti Emilionis "
qui a donné Senct Meleon et Semelion) qu'ils possèdent une "commune" déjà
toute formée, par elle-même, avec toutes les libertés et libres coutumes
appartenant à toute commune".
Donc, après plus d'un siècle de vie déjà active et d'adolescence indépendante,
la ville de SAINT-EMILION obtenait son brevet de maturité et son départ
pour un grand avenir, ne lui laissant pour supérieure que Bordeaux.
Alors que nos archives municipales possèdent toutes les chartes successives
accordées par tous les rois d'Angleterre et de France jusqu'à l'absolutisme
de Louis XIV, ce précieux acte de naissance officiel de notre cité n'est
malheureusement pas en notre possession. Il n'a jamais été possible d'en
trouver trace ni en Angleterre ni en France.
Heureusement, nous le connaissons par ce que l'on appelle un "Vidimus"
c'est--à-dire - sous la garantie d'un notaire royal - la transcription
de son texte à côté du texte d'une charte postérieure - celle d'Henri
III la confirmant en 1340-. Par
chance, le texte même est intégralement reproduit en son latin d'origine
- et nous la possédons donc ainsi -. Par la suite, toutes les chartes
successives confirmeront cette première - pour l'essentiel - car bien
évidemment avec les nécessités de l'Histoire, des modifications y furent
imposées - par tous les rois se succédant - en fonction de la croissance
et de la consolidation du pouvoir royal jusqu'à la dépendance totale.
Voyons quelles étaient ces libertés et ces coutumes dans une commune du
XIIème siècle. En fait, indépendance, liberté totale de propre administration
politique et économique, haute et basse justice, perception des droits
et taxes locaux, levée et maintenance d'une milice.
La ville était administrée par un Conseil - la Jurade - composé de 12
jurats, 12 conseillers élus par les 100 pairs (Bourgeois) et la commune
entière. Réélus tous les ans, le 16 juin. Le Maire seul - parmi 4 élus
- était choisi par le Sénéchal de Guyenne, représentant le Roy.
Ce choix était, avec le droit de peine de mort et la défense en temps
de guerre, les seuls "privilèges" royaux. Bien sûr, il restait toujours
quelques levées de taxe, mais quelle différence avec l'administration
moderne même "décentralisée" ! !
En cette fin du XlIème siècle, la "Villa Sancti Emilionis" apparaissait
comme un phare militaire et économique dans la région où Castillon et
Libourne étaient peu de chose, à l'ombre de son puissant et riche chapître.
Si bien que toutes les paroisses avoisinantes, dépendances religieuses
du Chapître, lui demandèrent aide et protection. 
Cet
état de fait trouva, une fois encore, reconnaissance et confirmation dans
une nouvelle charte 90 ans plus tard édictée par Edouard ler, Duc de Guyenne,
en 1289. Il étendit les pouvoirs judiciaires et administratifs de magistrat
de la ville en lui créant une "banlieue" qui prit dès lors le nom de "Juridiction"
- avec une délimitation très précise sur des lieux encore existants de
nos jours sous le même vocable - dont les limites allaient de la Dordogne
et de Branne à Parsac, Montagne, Pomerol et Libourne à Taillas -. Elle
couvrait 9 paroisses devenues 8 communes depuis la Révolution. Jusqu'à
quand dura cette situation de suprématie. Et là, il faut rappeler que
dans ses nombreuses attributions, la Jurade médiévale avait pour tâche
de gérer bien et sévèrement tout ce qui concernait la vie et l'économie
viticole de la Cité dont les vins étaient déjà connus et célèbres.
En 1790, la municipalité de l'époque moderne avait abandonné ces prérogatives.
C'est la moderne Jurade qui a, en 1948, ressuscité cet important pan de
pouvoir en étendant son aile sur la vieille "Juridiction" et la vie de
l'appellation Saint-Emilion.
L'actuel SIVOM n'est-il pas lui aussi une renaissance de la Juridiction
de 1289 ?
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